Relaxe pour Amal Bentounsi et son site « Urgence Notre Police Assassine »
Mai 2014 28

indexIl est 14h, aujourd’hui mercredi 28 mai, quand Amal Bentounsi s’approche du juge. « Le tribunal ne pense pas que vos propos dépassent les limites de la liberté d’expression. Il a donc décidé de vous relaxer ».

Article paru dans Le Courrier de l’Atlas

Amal Bentounsi n’est pas vraiment surprise du verdict, mais la décision du tribunal la soulage. « La procureure avait déjà demandé la relaxe alors je m’attendais un peu à ce résultat », dit d’une voix posée cette jeune femme de 38 ans, qui a perdu son frère le 21 avril 2012 à Noisy-Le-Sec (Seine-St-Denis), tué d’une balle dans le dos par un policier (selon les résultats de l’autopsie).

Amal Bentounsi avait été convoquée, le 7 avril dernier, devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris, suite à des propos tenus dans une vidéo publiée sur son site www.urgence-notre-police-assassine, jugés diffamatoires par le ministère de l’Intérieur.

Elle avait déclaré: « Vous voulez commettre des violences, crimes, en toute impunité sans être inquiétés ? La police recrute ». Pendant le procès, Amal Bentounsi avait raconté comment sa vie avait basculé le jour de la mort de son frère.

« Je vivais tranquillement. J’étais commerçante, je gagnais bien ma vie. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé au bord de la route. Je suis une victime collatérale. Avant, je ne me posais pas la question des violences policières. Je pensais que la police était là pour faire son travail et nous protéger. Pour moi, ça a été trop fort, trop lourd. (…) Il fallait que je crie, il fallait que ça sorte. C’est pour ça que j’ai créé ce site et que par un soir dramatique, j’ai monté ce clip », disait-elle alors à son procès.

Les débats avaient duré près de deux heures. Amal Bentounsi avait fait appel à plusieurs témoins, voulant prouver que le cas de son frère n’était pas un cas isolé. La procureure Aurélie Chauvelot avait demandé la relaxe en déclarant :

« Je ne suis pas certaine » que le blog soit le « bon vecteur » pour la « thérapie personnelle » de la prévenue, ni pour faire « avancer son dossier » ou faire « avancer le débat citoyen », (…). « Est-ce que pour autant les propos de Mme Bentounsi dépassent les limites admissibles de la liberté d’expression dans une société démocratique ? Je ne le crois pas », avait-t-elle poursuivi. Les juges ont donc suivi les réquisitions de la procureure.

« Ce verdict est très important puisqu’il nous donnele droit de dire tout haut ce que les autres, associations, chercheurs, dénoncent depuis de nombreuses années, à savoir que la police française assassine en toute impunité », reprend Amal Bentounsi.

« Nous n’allons pas nous arrêter là. Il y a quelques jours, les policiers qui avaient tué Lamine Dieng ont été blanchis. Avec d’autres familles de victimes, nous avons décidé d’interpeller la ministre de la Justice. Ce n’est pas normal que lors de bavures, ce soient des policiers qui mènent les enquêtes. Nous allons demander à Madame Taubira qu’une instance indépendante soit créée ».

Nadir Dendoune

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